Au Ghana, collecteurs et artisans tentent de tirer parti des déchets électroniques tout en limitant la pollution, dans un secteur alimenté en partie par les équipements usagés venus de l'étranger.

Dans un abri étroit, noyé sous les câbles, Fuseni remet en état jusqu'à vingt composants par jour, pour trois euros par pièce. Ce Ghanéen jovial, qui n'a donné que son prénom, travaille à quelques minutes du centre d'Accra, au bord d'une lagune polluée, entre des montagnes de déchets et des échoppes abritées sous la tôle ondulée.

À l'entrée de la ruelle, Yakubu Adam, 53 ans, vêtu d'un maillot jaune du Borussia Dortmund, examine les objets que ses fournisseurs lui rapportent. Ils vont de porte en porte pour racheter ce dont les habitants ne veulent plus. Il revend ce qui fonctionne encore. Plus loin, Alaiku Abdul Razak fabrique des pièces détachées pour des machines avec une vingtaine d'employés. Ses clients lui envoient leurs plans par WhatsApp.

Au-delà de l'image d'Agbogbloshie

Longtemps, le monde n'a retenu de ce quartier qu'une image : celle de jeunes hommes brûlant des câbles pour en extraire le cuivre. En 2013, deux organisations environnementales ont classé Agbogbloshie parmi les dix sites les plus pollués de la planète.

En 2021, les autorités ont fait évacuer le site d'Old Fadama, mais les commerçants ont repris leurs activités ailleurs, et certains sont revenus. À Accra, des dizaines de milliers de personnes vivent, directement ou indirectement, de ces équipements usagés.

« Nous nous concentrons toujours sur la pollution environnementale liée à leur travail. Nous oublions ainsi la valeur économique qu'ils créent », explique Vincent Kyere, responsable du projet consacré aux déchets électroniques au ministère ghanéen de l'Environnement.

Les autorités et les acteurs du secteur voient désormais dans ce réseau de collecteurs, de commerçants et d'artisans un atout. L'enjeu est de préserver leurs moyens de subsistance sans brûler les câbles ni libérer de manière incontrôlée des substances dangereuses.

Un déséquilibre venu de loin

La source du problème se trouve en grande partie ailleurs. En 2025, l'Allemagne a mis sur le marché environ 3,4 millions de tonnes d'appareils neufs, un record, selon les données provisoires de la fondation chargée du registre des équipements électriques usagés (Stiftung Elektro-Altgeräte Register).

Seules quelque 960 000 tonnes d'appareils usagés ont été officiellement collectées, et le pays manque à son objectif légal depuis plusieurs années. Pourtant, selon une étude commandée par l'organisation de défense de l'environnement Deutsche Umwelthilfe, une meilleure collecte permettrait de récupérer chaque année plus de deux milliards d'euros de matières premières.

Dans le monde, 62 millions de tonnes de déchets électroniques ont été produites en 2022, selon l'ONU. À peine plus d'un cinquième a été collecté et recyclé dans les règles. Malgré les interdictions d'exportation, une partie de ces déchets arrive illégalement en Afrique, présentée comme du matériel d'occasion en état de marche.

Brûler moins, trier plus

Entre 2016 et avril 2026, l'agence allemande de coopération internationale (GIZ) a aidé le Ghana à rendre la filière plus respectueuse de l'environnement. Quelque 1 500 ferrailleurs ont été formés aux méthodes de manipulation sécurisées.

L'entreprise GreenAd illustre les résultats de ces efforts : des machines retirent l'isolant des câbles au lieu de le brûler, et les collecteurs sont rémunérés en fonction des matières qu'ils contiennent. Plus de 900 tonnes de déchets ont déjà été réceptionnées. Son chef de projet, Bennett Akuffo, souligne que des produits neufs venus d'Asie arrivent également directement dans son centre, en raison de défauts de qualité.

Ces méthodes ne séduisent pas uniquement pour des raisons de sécurité. « En fin de compte, tout est une question d'argent », résume Innocent Turkson, président d'une association de ferrailleurs dans la ville portuaire de Tema.

Ses employés brisaient parfois les appareils au marteau. Désormais, le tri doit être plus minutieux, ce qui mobilise davantage de temps et de personnel. Ils craignent aussi de voir leurs revenus diminuer si des acheteurs soutenus par l'État leur imposent leurs conditions.

Réparer avant de recycler

Nana Yaw Konadu a choisi une autre voie. « La dernière chose qu'une entreprise de recyclage électronique devrait faire, c'est recycler », affirme-t-il. Dans son entreprise, la priorité va à la réparation et à la réutilisation, avant le démontage.

Dans un hangar d'Electro Recycling Ghana, des hommes et des femmes assemblent des téléviseurs à partir d'écrans d'ordinateurs Dell d'occasion fournis par un partenaire allemand de Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Ils sont vendus un peu moins de 30 euros. Pour beaucoup de ses clients, un téléviseur neuf serait hors de portée.

dpa