Le gouvernement guinéen a desserré, temporairement, l’étau autour des sachets plastiques. Les producteurs d’emballages destinés au conditionnement des eaux minérales et minéralisées bénéficieront finalement de six mois supplémentaires pour adapter leurs activités, alors que l’interdiction des plastiques à usage unique est officiellement entrée dans sa phase d’application stricte.
La décision a été annoncée mercredi à la télévision nationale, quelques semaines après l’expiration du délai de deux ans accordé aux opérateurs économiques pour se conformer au décret du 21 septembre 2024. Celui-ci prévoit l’interdiction des emballages et objets en plastique à usage unique en Guinée. Les entreprises avaient jusqu’au 20 septembre 2026 pour transformer leurs équipements, développer des solutions de substitution et organiser la collecte et la valorisation des déchets plastiques.
Mais, à l’approche de cette échéance, les producteurs de sachets plastiques ont demandé un délai supplémentaire. Ils invoquaient notamment la nécessité de convertir leurs lignes de production, d’investir dans de nouveaux emballages et de mettre en place des dispositifs de recyclage.
Le recours a été entendu, mais seulement en partie. Le président de la République a accordé un moratoire de six mois, limité aux sachets utilisés pour l’eau minérale et minéralisée. Une exception motivée par une préoccupation immédiate : éviter que l’application brutale de l’interdiction ne perturbe l’approvisionnement en eau potable ou ne contribue à une hausse des prix.
Une exception qui ne remet pas en cause l’interdiction
Le gouvernement prend soin de circonscrire la portée de sa décision. Le moratoire ne constitue pas un recul général de la politique engagée contre les plastiques à usage unique. Les autres catégories d’emballages et d’objets concernés par le décret restent interdites.
Cette distinction traduit le dilemme auquel sont confrontées les autorités : réduire une pollution plastique devenue particulièrement visible dans les villes guinéennes tout en évitant que la transition réglementaire ne se traduise par des conséquences immédiates sur le coût ou la disponibilité de produits de première nécessité.
Le gouvernement assure d’ailleurs que la réforme commence déjà à produire des effets. Il évoque une diminution progressive de la présence des plastiques à usage unique dans les espaces publics et salue l’adhésion des citoyens à cette politique environnementale.
Reste désormais à transformer le sursis accordé aux producteurs en véritable période de transition industrielle. Les autorités annoncent des mesures d’incitation destinées à favoriser la production et l’importation d’emballages biodégradables, de résine PET et de préformes. Les industriels sont également invités à renforcer leurs dispositifs de collecte, de traitement et de transformation des déchets plastiques.
Le suivi de cette nouvelle phase sera assuré par une commission interministérielle placée sous l’autorité du premier ministre, Amadou Oury Bah.
Dans six mois, le gouvernement devra donc revenir à la même équation, avec une échéance cette fois plus difficile à repousser : comment faire disparaître progressivement les sachets plastiques sans fragiliser l’accès à l’eau potable ? Entre urgence environnementale et contraintes économiques, la Guinée cherche encore le point d’équilibre.
La rédaction



