Le biologiste allemand Norbert Jürgens compare la dégradation du Richtersveld, en Afrique du Sud, au Dust Bowl américain des années 1930, qui a aggravé les effets de la Grande Dépression.

Le biologiste Norbert Jürgens, professeur émérite à l’Université de Hambourg, met en garde, dans une analyse, contre l’importation par l’Europe d’électricité verte produite dans le Richtersveld, un écosystème sud-africain exceptionnel par sa richesse en plantes succulentes. Selon lui, cet écosystème, menacé de désertification depuis des décennies, pourrait subir une pression accrue avec les projets d’énergies renouvelables envisagés. Les installations éoliennes, photovoltaïques et de production d’hydrogène, y compris dans des parcs nationaux et des hotspots de biodiversité, nécessitent en effet d’importantes infrastructures accentuant davantage l’emprise sur les sols.

« Il serait désastreux d’importer d’Afrique une électricité verte dont la production contribuerait à la destruction de l’un des écosystèmes les plus précieux au monde », souligne Norbert Jürgens. Une étude récente a recensé 1 077 taxons végétaux indigènes dans le Richtersveld, dont 38 sont endémiques et 101 quasi endémiques. Le biologiste, qui étudie la région depuis plus de quarante ans, relève plusieurs facteurs à l’origine de la progression de la désertification. Parmi eux figure le changement climatique, marqué par des températures plus élevées, des vents plus rapides et des périodes de chaleur et de sécheresse plus longues.

Un « comportement frustrant » des populations locales

Il pointe également du doigt les compagnies minières qui extraient des diamants avant d’abandonner derrière elles des mines à ciel ouvert béantes. Il déplore aussi le « comportement frustrant » des populations locales, dont les chèvres, les moutons et le bétail contribuent souvent au surpâturage de la couverture végétale. La perte d’espèces suit un schéma récurrent, souligne-t-il. Les terres autrefois densément végétalisées perdent d’abord leurs arbustes nains vivaces, qui stockent l’eau et protègent le sol. Des espèces éphémères et tolérantes au sel les remplacent, mais cette végétation secondaire ne suffit pas à empêcher l’érosion éolienne des sols fertiles.

La couche arable fertile est alors emportée par le vent, laissant derrière elle des zones dénuées de végétation qui ne reverdiront que brièvement après les pluies. La dégradation des propriétés du sol constitue ainsi un point de bascule, accélérant à son tour le déclin de la biodiversité.

dpa