Chercheur spécialisé dans les îlots de chaleur urbains, il étudie depuis une dizaine d'années comment l'aménagement des villes amplifie les épisodes de forte chaleur. Entretien.
Fleed : Pourquoi les villes souffrent-elles davantage de la chaleur que les zones rurales ?
Le bitume et le béton emmagasinent la chaleur le jour et la restituent lentement la nuit, ce qui empêche les températures urbaines de redescendre suffisamment. On peut observer, lors d'un même épisode, un écart de plusieurs degrés entre le centre-ville et la campagne environnante.
Quelles solutions sont réellement efficaces, et lesquelles relèvent davantage de la communication ?
La végétalisation massive et la désimperméabilisation des sols sont les leviers les plus efficaces sur le long terme, mais ils demandent des investissements lourds et du temps. Certaines mesures très médiatisées, comme la peinture blanche de certaines surfaces, ont un effet réel mais souvent surestimé par rapport à leur portée concrète.
Est-ce qu'on va dans la bonne direction actuellement ?
Les prises de conscience sont réelles, mais le rythme des transformations urbaines reste très lent comparé à l'accélération des épisodes de chaleur. On répare aujourd'hui avec les outils d'hier un problème qui s'aggrave plus vite qu'on ne l'anticipait il y a dix ans.
Quel est le principal frein selon vous ?
Le temps politique et le temps urbain ne sont pas alignés : transformer une ville prend des décennies, alors qu'un mandat électoral dure quelques années. C'est probablement le plus grand défi pour mettre en œuvre des politiques d'adaptation efficaces sur la durée.