Vingt ans de carrière au tribunal pour enfants lui ont appris à se méfier des raccourcis médiatiques sur la justice des mineurs. Elle a accepté de répondre à nos questions pour clarifier un fonctionnement souvent mal compris.

Fleed : Quelle est l'idée reçue la plus répandue sur la justice des mineurs ?

Que les mineurs échapperaient systématiquement à toute sanction. En réalité, la spécificité de cette justice n'est pas l'absence de sanction, c'est la priorité donnée à la compréhension du parcours de l'enfant et à sa capacité d'évolution, qui influence fortement la nature de la réponse judiciaire.

Comment se déroule concrètement une audience pour mineur ?

Elle est beaucoup plus longue qu'une audience classique, car elle intègre systématiquement un travail d'enquête sociale et éducative en amont. On ne juge jamais un acte isolé sans comprendre le contexte familial et scolaire dans lequel il s'inscrit.

Est-ce que la loi a évolué dans le bon sens selon vous ?

Les réformes récentes ont raccourci les délais de jugement, ce qui est positif pour la lisibilité de la sanction aux yeux du mineur. Mais elles ont aussi complexifié certains aspects procéduraux, ce qui pèse sur des juridictions déjà en sous-effectif chronique.

Qu'aimeriez-vous que le grand public comprenne mieux ?

Que juger un enfant demande un temps et une expertise différents de la justice des adultes. Accélérer cette justice sans lui donner davantage de moyens humains, c'est prendre le risque de la rendre moins efficace, pas plus sévère.