Alors que certains indicateurs semblent s’améliorer dans les premiers foyers, l’épidémie continue de gagner de nouveaux territoires en République démocratique du Congo. Pour Médecins sans frontières, le déplacement des chaînes de transmission vers des zones moins préparées complique la riposte.
L’épidémie d’Ebola qui frappe la République démocratique du Congo est loin d’être contenue. C’est le constat dressé par Médecins sans frontières (MSF), alors que la maladie continue de se propager au-delà de ses principaux foyers et que les capacités sanitaires restent inégales selon les régions.
Déclarée en mai 2026, cette épidémie, provoquée par le virus Ebola de type Bundibugyo, est devenue la plus importante jamais enregistrée en RDC. Au 13 septembre, l’Organisation mondiale de la santé faisait état de 7 258 cas confirmés et de 3 510 décès, avec une propagation dans 62 zones de santé réparties dans sept provinces.
Pour MSF, la baisse des admissions observée dans certains centres de traitement ne doit donc pas être interprétée comme le signe d’un recul général de l’épidémie.
« L’épidémie ne diminue pas, elle se déplace »
« Supposer que l’épidémie est sous contrôle parce que certains centres de traitement Ebola admettent moins de patients serait une erreur », estime Anthony Kergosien, coordinateur des urgences de MSF en RDC.
Dans la province de l’Ituri, considérée comme l’épicentre initial, la transmission semble effectivement ralentir par endroits. Mais cette évolution s’accompagne d’une progression dans d’autres régions.
Le Sud-Ubangi est ainsi devenu la septième province touchée, après l’apparition d’un premier cas confirmé dans la zone de santé de Bulu. Le Nord-Kivu connaît également une progression préoccupante. Selon l’OMS, cette province comptait 1 066 cas confirmés cumulés au 7 septembre, dont 453 enregistrés au cours des 21 jours précédents.
« L’épidémie n’est pas en train de reculer, elle se déplace », résume Anthony Kergosien.
Des territoires moins préparés
Cette extension géographique constitue l’un des principaux défis de la riposte. Les zones nouvellement touchées disposent souvent de capacités plus limitées pour détecter rapidement les cas, isoler les patients, suivre leurs contacts ou prévenir les contaminations dans les établissements de santé.
L’OMS souligne elle aussi que les retards dans la détection des cas accroissent le risque de transmission au sein des familles, des communautés et des structures de soins. L’insécurité, les déplacements de population et les difficultés d’accès aux services de santé compliquent davantage le travail des équipes.
Dans ce contexte, MSF réoriente une partie de ses moyens vers des équipes d’intervention rapide. Leur mission consiste notamment à détecter les nouveaux cas, assurer l’observation et la prise en charge des patients, renforcer la prévention et le contrôle des infections, rechercher les contacts et travailler avec les communautés.
À Bambu, où l’une de ces équipes est actuellement déployée, MSF décrit un système de santé déjà fragilisé par le manque chronique de financements, les pénuries de personnel et les faibles capacités d’orientation des patients.
La riposte face à ses propres limites
Pour l'organisation médicale, ces équipes mobiles permettent d'intervenir rapidement lorsqu'un nouveau foyer apparaît, avant qu'il ne prenne une ampleur plus difficile à contenir. Mais MSF souligne qu'elle ne peut, à elle seule, couvrir l'ensemble des nouveaux fronts de l'épidémie.
L'organisation appelle ainsi les agences des Nations unies, notamment l'Organisation mondiale de la santé, à renforcer leur soutien opérationnel et à étendre la réponse au-delà des principaux centres d'intervention.
L'enjeu est désormais d'éviter que les nouveaux foyers ne s'installent dans des territoires où les moyens de surveillance et de prise en charge sont encore plus faibles. Car derrière la baisse apparente de certains indicateurs, la dynamique géographique de l'épidémie continue de dessiner une situation instable.
À ce stade, l'OMS considère toujours cette épidémie comme une urgence de santé publique de portée internationale.
La rédaction



