A Kinshasa, une solution entend faciliter l’accès au financement en permettant aux porteurs de projets de mobiliser leur communauté, y compris la diaspora, à travers de petites contributions en ligne.
Réunir de petites contributions pour financer des projets qui peinent à accéder aux circuits classiques en République Démocratique du Congo (RDC), c’est le pari de Joël Phanzu, avec sa plateforme de financement participatif. Créée en 2019, « Créons.cd » est née à la faculté des sciences de l’Université de Kinshasa, autour d’un constat à partir du constat que de nombreux étudiants renonçaient à leurs recherches ou prototypes faute de quelques centaines de dollars, alors que leur entourage aurait pu réunir cette somme.
« Il est plus facile de réunir 1 dollar auprès de 1 000 personnes que 1 000 dollars auprès d’une seule », indique le Congolais de 31 ans dans un entretien accordé à la dpa. Le principe de cette solution consiste à permettre à un porteur de projet de présenter son initiative sur une page dédiée, d’en fixer le montant et l’objectif, puis de partager un lien avec sa communauté et sur Internet. Les contributeurs peuvent participer à partir d’un dollar et suivre l’évolution de la collecte en temps réel.
Une plateforme adaptée au marché congolais
Elle intègre le mobile money des quatre opérateurs du pays ainsi que les cartes Visa et Mastercard. La solution accepte quatre devises : le franc congolais, le dollar, l’euro et le franc CFA, avec conversion automatique dans la devise du projet, facilitant notamment la participation de la diaspora congolaise. « Créons.cd » propose quatre modèles de financement : le don, la prévente, le partage de revenus et la cession de parts. Un mécanisme supplémentaire permet également d’affecter des points de fidélité à un projet pour financer l’acquisition de matériel.
La plateforme cible notamment les projets technologiques et innovants, l’agrobusiness, les industries culturelles et créatives, l’éducation, les initiatives sociales et l’immobilier. Elle s’adresse aussi bien à un artisan qu’à un artiste, une école, un commerçant ou une exploitation agricole, avec une attention particulière aux jeunes et aux femmes.
Formaliser une pratique déjà ancrée en RDC
Le modèle s’inspire de pratiques de collecte collective déjà ancrées en RDC, comme le likelemba, le moziki ou les cotisations associatives et religieuses. « Nous n’introduisons pas une pratique étrangère, nous formalisons une pratique existante », explique Joël.
La plateforme apporte notamment la vérification d’identité, la traçabilité des contributions et l’accompagnement des porteurs. Son premier programme pilote prévoit d’accompagner gratuitement 24 projets congolais, de la structuration du dossier jusqu’au décaissement des fonds, avec notamment la création de la campagne, d’une vidéo et d’outils de communication, ainsi que le suivi de la collecte.
Développée en interne par une équipe de dix personnes, « Créons.cd » est fonctionnelle sur le Web et sur mobile et compte plus de 200 utilisateurs inscrits. À terme, le Congolais ambitionne de faire du financement participatif un canal permettant notamment à la diaspora congolaise de financer des projets productifs. L’objectif est qu’un porteur disposant d’une idée solide et d’une communauté mobilisable « n’ait plus à renoncer faute d’accès au financement », résume-t-il.
dpa


