Développée pendant quatre ans, l’exposition examine l’héritage de la colonisation allemande.

L'exposition « Mondes vécus fracturés » présentée à Berlin du 7 juin 2026 au 30 avril 2027 revient sur le génocide des peuples ovaherero et nama perpétré par les forces coloniales allemandes dans l'actuelle Namibie entre 1884 et 1915. Elle explore les conséquences de cette histoire et les revendications de justice intergénérationnelle des communautés de descendants.

Développée pendant quatre ans par les collectifs de recherche et d'investigation Forensis et Forensic Architecture, en collaboration avec des chercheurs, des communautés de descendants, des historiens de tradition orale, des universitaires autochtones et des militants en Namibie et en Allemagne, l'exposition examine l'héritage de la colonisation allemande du Sud-Ouest africain.

Elle montre comment la violence coloniale, la dépossession, le génocide, l'extractivisme et l'exploitation de l'environnement sont liés, hier comme aujourd'hui, indiquent les organisateurs.

À travers l'analyse spatiale, l'imagerie satellitaire, la modélisation environnementale, la recherche dans les archives et la reconstitution numérique, elle s'intéresse notamment à des projets d'« énergie verte » qui, selon les organisateurs, reproduisent certaines continuités coloniales.

Trois saisons, trois paysages

L'exposition se déploie en trois saisons, « Brousse », « Vent » et « Sable », consacrées à différents paysages de Namibie et à plusieurs volets des recherches menées dans le cadre du projet.

La première porte sur les paysages de brousse de l'intérieur du pays, où déplacements forcés et résistance ont marqué les premières phases du génocide. Les saisons suivantes se déplacent vers le désert du Namib, sur la côte, où les troupes coloniales allemandes ont utilisé le climat pour poursuivre l'extermination des populations.

Des œuvres d'artistes namibiens, dont Isabel Katjavivi, Tuli Mekondjo, Vitjitua Ndjiharine et Nesindano Namises, accompagnent les recherches présentées.

L'exposition entend contribuer à la solidarité internationale en faveur des demandes de reconnaissance, de protection culturelle, d'éducation et de réparation portées par les représentants traditionnels des communautés nama et ovaherero, notamment la Nama Traditional Leaders Association (NTLA), l'Ovaherero Traditional Authority (OTA) et l'Okandjoze Chiefs Assembly on Genocide (OCAG).

Dans le prolongement d'une première exposition

Elle s'inscrit dans le prolongement de l'exposition « Inherited Testimonies », présentée par la même coalition à la National Art Gallery of Namibia (NAGN) à Windhoek.

« Mondes vécus fracturés » et son programme public bénéficient du soutien de Medico International, une organisation allemande d'aide et de défense des droits humains, et de la Rosa Luxemburg Stiftung, une fondation allemande spécialisée dans l'éducation politique et le dialogue international.

La reconnaissance du génocide herero et nama en 2021

En 2021, l'Allemagne a officiellement reconnu comme un « génocide » les massacres des peuples herero et nama commis par les soldats allemands en Namibie coloniale lors de la campagne de 1904 à 1908.

Berlin a proposé 1,1 milliard d'euros sur 30 ans pour financer des projets de développement en Namibie, tout en précisant que cette aide ne constituait pas des « réparations » au sens juridique et n'ouvrait pas la voie à des demandes légales de compensation.

Les communautés concernées jugent cette offre insuffisante et contestent l'absence de réparations directes aux descendants des victimes. Aucun accord n'a d'ailleurs été formellement signé à ce jour, les représentants herero et nama affirmant avoir été exclus des négociations.

Un travail plus large sur le passé colonial

Cette reconnaissance s'inscrit dans un travail de confrontation avec le passé colonial que l'Allemagne poursuit aujourd'hui en collaboration avec des partenaires africains, publics et non publics.

Cette démarche comprend notamment le soutien à la recherche scientifique indépendante, la reconnaissance des injustices commises, la restitution de biens culturels ainsi que le retour de restes humains prélevés dans les anciennes colonies.

Des gestes de restitution engagés depuis plusieurs années

Dans ce cadre, Berlin a restitué à la Namibie en 2019 une Bible et un fouet ayant appartenu à Hendrik Witbooi, puis remis au Nigeria en 2022 plusieurs objets provenant de l'ancien royaume du Bénin. Ces initiatives s'inscrivent dans un processus plus large de reconnaissance des injustices coloniales et de coopération avec les communautés d'origine. Lors d'une visite en Tanzanie en 2023, le président fédéral allemand Frank-Walter Steinmeier a également demandé pardon pour les crimes commis durant la période coloniale dans l'ancienne Afrique orientale allemande.

Entre la fin du XIXe siècle et la Première Guerre mondiale, l'Allemagne a administré un empire colonial comprenant des territoires situés dans les actuels Cameroun, Togo, Namibie et Tanzanie, ainsi qu'en Papouasie-Nouvelle-Guinée et dans plusieurs îles du Pacifique.

dpa