Tripoli mise sur les infrastructures pour accompagner la hausse attendue de sa production pétrolière et gazière. Raffineries, complexes industriels, ports et gazoducs figurent parmi les projets appelés à renforcer la transformation locale des ressources et les connexions énergétiques avec les marchés régionaux et européens.

La relance du secteur des hydrocarbures libyen ne se joue plus uniquement dans les champs pétroliers. Elle dépend aussi de la capacité du pays à acheminer, traiter et commercialiser une production supplémentaire, dans une économie où les infrastructures demeurent un enjeu majeur. Plusieurs projets de grande ampleur, allant de la modernisation des raffineries à l’extension des capacités portuaires, témoignent de cette volonté de relier l’exploitation des ressources à une base industrielle plus large.

Cette stratégie sera au cœur du Forum sur les infrastructures et l’intégration, prévu du 23 au 25 janvier 2027 à Tripoli, dans le cadre du Libya Energy & Economic Summit (LEES). La rencontre doit réunir les acteurs du secteur autour des investissements nécessaires pour transformer les ressources énergétiques en capacités productives et renforcer les échanges avec les pays voisins.

Du pétrole brut à la transformation industrielle

La Société nationale libyenne de pétrole (NOC) cherche notamment à moderniser ses raffineries et à développer la production pétrochimique afin de capter davantage de valeur sur le territoire national. Cette orientation accompagne les projets d’expansion de la production en amont.

Un accord de développement des concessions de Waha, d’un montant annoncé de plus de 20 milliards de dollars sur vingt-cinq ans, associe notamment TotalEnergies et ConocoPhillips. Il vise à accroître les capacités de production jusqu’à 850 000 barils par jour supplémentaires, selon les objectifs présentés dans le cadre du projet.

L’enjeu dépasse toutefois le seul volume extrait. Sans capacités suffisantes de traitement, de transport et de stockage, l’augmentation de la production risque de ne pas se traduire pleinement par des retombées industrielles. La modernisation des équipements et le développement d’activités de transformation apparaissent ainsi comme des conditions de la diversification économique recherchée par les autorités.

Cette ambition s’étend à l’industrie manufacturière. L’Agence nationale de développement a signé treize accords avec des entreprises chinoises pour des projets dans la zone industrielle de Magroun, qui couvre environ 1 000 hectares. Les investissements annoncés concernent notamment les produits chimiques industriels, les activités manufacturières et les matériaux de construction. Le plan de cent jours du ministère de l’industrie prévoit également des réformes infrastructurelles et numériques destinées à faciliter les investissements.

Le gaz et les ports au cœur des investissements

Le développement gazier constitue un autre volet de cette stratégie. Le projet Structures A&E, porté par Eni pour un investissement annoncé de 8 milliards de dollars, doit permettre d’acheminer du gaz offshore vers l’usine de traitement de Mellitah. Les infrastructures visent une capacité de 750 millions de pieds cubes par jour en 2027.

Cette initiative fait suite à la mise en service, en juin 2026, du projet de compression de Sabratha, conduit par Eni avec la NOC dans le cadre de leur coentreprise Mellitah Oil & Gas. L’installation dispose d’une capacité globale de compression de 440 millions de pieds cubes par jour. Ces équipements doivent contribuer à mieux exploiter les ressources gazières et à soutenir leur acheminement vers les marchés de consommation.

Dans le secteur maritime, l’extension du port de Misrata représente un autre investissement stratégique. Évalué à 2,7 milliards de dollars, le projet prévoit une capacité annuelle de quatre millions de conteneurs et la création annoncée de 8 400 emplois directs. Il doit renforcer la position du port dans les échanges en Méditerranée, tout en favorisant le développement de fournisseurs locaux.

Des connexions renforcées avec les marchés régionaux

La stratégie libyenne comporte également une dimension transfrontalière. Des négociations sont en cours avec l’Égypte autour d’un projet d’oléoduc de 800 kilomètres reliant Tobrouk à Alexandrie. Son coût est estimé entre 1,5 et 2 milliards de dollars, pour une capacité initiale envisagée de 150 000 à 250 000 barils par jour.

La NOC cherche par ailleurs à optimiser l’utilisation de GreenStream, le gazoduc reliant les installations côtières libyennes à l’Europe via la Sicile. Sa capacité annuelle est estimée à 11 milliards de mètres cubes. Cette infrastructure constitue un axe important pour les exportations gazières libyennes vers le marché européen.

Ces différents projets dessinent une même orientation : articuler la production d’hydrocarbures, les capacités de transformation, les infrastructures logistiques et les débouchés extérieurs. Pour la Libye, dont l’économie reste fortement dépendante des revenus pétroliers et gaziers, l’enjeu est de convertir l’expansion énergétique en investissements productifs plus diversifiés.

Le Forum sur les infrastructures et l’intégration du LEES 2027 entend mettre en lumière ces opportunités. Leur concrétisation dépendra néanmoins du financement, de la coordination des projets et de la capacité des autorités à garantir des conditions propices aux investissements de long terme.

La rédaction