Essentielles aux transitions énergétique et numérique, ces ressources sont au cœur de la compétition économique et géopolitique entre grandes puissances.

De la République démocratique du Congo (RDC) à l'Afrique du Sud, les ressources minières africaines sont au cœur de la stratégie chinoise visant à sécuriser son accès aux minerais stratégiques, tout en renforçant son contrôle sur leur transformation, selon une analyse de KfW Research, centre d'expertise économique de la banque publique allemande de développement (KfW).

Entre 2020 et le premier trimestre 2026, environ 40 pour cent des transactions chinoises transfrontalières dans le secteur des matières premières ont été réalisées par des entreprises publiques ou liées à l'Etat, selon le rapport, qui cite des données du Rhodium Group. Cette proportion était « supérieure à la moyenne » en Afrique subsaharienne.

Près d'un quart des opérations étaient des acquisitions, tandis que la majorité concernait de nouvelles installations. Plus de la moitié des transactions portaient sur la transformation des métaux et minerais, un maillon où la Chine occupe une position dominante. « La Chine ne domine pas seulement la production mondiale, notamment dans la transformation, mais aussi la propriété des entreprises minières », souligne KfW Research.

L'exemple de Ngualla, en Tanzanie

Le rapport cite notamment la mine de Ngualla, en Tanzanie, un important gisement de terres rares passé en 2025 sous contrôle chinois intégral. Pour KfW Research, cet exemple illustre la capacité des entreprises chinoises à s'imposer dans la compétition sur les prix.

La stratégie chinoise dépasse toutefois l'extraction. Pékin cherche à renforcer sa présence dans le raffinage, la transformation, la fabrication de composants et le recyclage, afin de maîtriser davantage l'ensemble des chaînes d'approvisionnement.

Le manganèse en fournit une illustration. Les minerais proviennent principalement d'Afrique du Sud et du Gabon, tandis que la Chine contrôle près de 70 pour cent de la transformation des composés ferromanganés. Sa part est encore plus élevée pour le manganèse destiné aux batteries.

La RDC, l'un des principaux pays miniers cités dans l'étude pour le cobalt, s'inscrit dans une dynamique comparable. Une part importante de la transformation de ce minerai est réalisée en Chine.

Une dépendance européenne concentrée sur les étapes intermédiaires

Pour l'Europe, les dépendances sont ainsi plus fortes aux étapes intermédiaires et pour les produits finis qu'au début de la chaîne, où les minerais sont souvent extraits hors de Chine.

Face à cette position chinoise, les Etats-Unis, le Japon, l'Inde et les pays du Golfe cherchent eux aussi à sécuriser leurs approvisionnements en investissant dans des pays producteurs, notamment en Afrique.

Cette concurrence repose notamment sur une stratégie dite « n-1 », consistant à développer au moins une source d'approvisionnement alternative au principal fournisseur.

Développer le raffinage local, une nécessité

Mais l'ouverture de nouvelles mines ne suffit pas, souligne le rapport. Pour réduire les dépendances, les pays producteurs doivent aussi développer leurs capacités de raffinage et de transformation.

KfW Research préconise ainsi de renforcer les partenariats avec les pays producteurs, de conclure des contrats d'achat à long terme et de développer les capacités locales de transformation.

Entre 2020 et 2024, la Chine représentait plus de 90 pour cent de l'augmentation mondiale des capacités de transformation du cobalt, du graphite et des terres rares, et plus de 70 pour cent pour le lithium et le cuivre, selon les données citées dans l'étude.

Pour certains minerais stratégiques, les alternatives hors de Chine restent limitées à cinq ans. Le rapport recommande donc de combiner nouveaux projets miniers, recyclage, substitution, stocks stratégiques et coopération internationale pour sécuriser les chaînes d'approvisionnement.

Des minerais au cœur des rivalités mondiales

L’Afrique détient près de 30 pour cent des réserves mondiales de plusieurs minerais critiques, dont le cobalt, le lithium, le graphite, les terres rares, le cuivre, le manganèse et le nickel.

Essentielles à la fabrication de batteries, de panneaux solaires, d’éoliennes et de composants électroniques, ainsi qu’au développement de l’intelligence artificielle, ces ressources sont devenues un enjeu central de la compétition économique et géopolitique entre grandes puissances, notamment les États-Unis, la Chine et l’Union européenne.

Leur demande mondiale devrait presque tripler d’ici à 2030, portée par les transitions énergétique et numérique, selon l’ONU.

dpa