Le statut de « pays d'origine sûr » permet un traitement accéléré des demandes d'asile, susceptibles d'être rejetées comme « manifestement infondées ».
Le gouvernement fédéral allemand a maintenu le Ghana et le Sénégal sur sa liste des « pays d'origine sûrs » en matière d'asile, selon un rapport d'évaluation du ministère fédéral de l'Intérieur soumis au Parlement (Bundestag). La liste, qui compte dix pays au total, inclut également l'Albanie, la Bosnie-Herzégovine, le Kosovo, la Macédoine du Nord, le Monténégro, la Serbie, la Géorgie et la Moldavie.
Cinquième du genre, le rapport, qui couvre la période d'octobre 2023 à septembre 2025, doit être soumis tous les deux ans au Parlement, conformément à la loi allemande sur l'asile, afin d'évaluer la situation politique, juridique et sécuritaire dans les pays concernés.
Ce que change le statut de « pays d'origine sûr »
Le statut de « pays d'origine sûr » entraîne une présomption d'absence de persécution étatique ou de risque de traitements inhumains, ce qui permet le traitement accéléré des demandes d'asile, susceptibles d'être rejetées comme « manifestement infondées », ainsi que l'hébergement obligatoire en centre d'accueil initial et un délai de recours réduit à une semaine. Un demandeur peut toutefois renverser cette présomption en apportant la preuve d'un risque individuel.
Le Ghana et le Sénégal sont les deux seuls pays africains figurant sur la liste, qu'ils intègrent depuis sa création en 1993. Berlin estime que les conditions justifiant ce classement « continuent d'être remplies » pour les deux pays, tout en appelant à une « observation attentive » de leur situation politique et des droits humains.
Ghana : stabilité démocratique saluée, défaillances persistantes
Au Ghana, le rapport salue la stabilité démocratique, confirmée par l'élection à la présidence de l'opposant John Dramani Mahama en décembre 2024, dans le cadre d'une alternance au pouvoir jugée « globalement ordonnée » depuis trois décennies. Il relève également l'abolition quasi totale de la peine de mort, votée en juillet 2024.
Le rapport relève cependant des défaillances persistantes, notamment le travail des enfants, qui touche 28 pour cent des 5-17 ans selon l'Unicef, les mutilations génitales féminines dans le nord du pays, la pénalisation des relations homosexuelles, passibles d'un à cinq ans de prison, et les discriminations visant la communauté peule.
L'Office fédéral pour la migration et les réfugiés (BAMF) a enregistré en moyenne 33 demandes d'asile mensuelles de ressortissants ghanéens sur la période. Le taux de protection accordé s'est établi à 5 pour cent.
Sénégal : institutions résilientes, accord de paix en Casamance
Pour le Sénégal, le rapport met en avant la résilience des institutions démocratiques face à la crise politique qui a précédé la présidentielle de mars 2024, ainsi que la signature, en février 2025, d'un accord de paix avec un mouvement indépendantiste actif en Casamance, dans le sud du pays, où une rébellion armée perdure depuis les années 1980.
Il pointe toutefois la mendicité forcée de plusieurs milliers d'enfants confiés à des écoles coraniques, les mutilations génitales féminines, qui touchent environ 25 pour cent des femmes de 15 à 49 ans, et la criminalisation des rapports homosexuels, passibles de jusqu'à cinq ans de prison.
Le BAMF a recensé 518 demandes d'asile sénégalaises sur la période, soit environ 16 par mois, le nombre le plus faible parmi les pays classés sûrs. Le taux de protection accordé s'est établi à 3,6 pour cent.
dpa



