Sur le papier, la nouvelle est bonne : l'indice des prix ralentit pour le troisième mois consécutif, porté par la baisse des prix de l'énergie. Sur le terrain, dans les rayons des supermarchés, la sensation dominante reste celle d'un panier toujours aussi cher. Ce grand écart entre statistique officielle et vécu quotidien mérite d'être expliqué.
Une baisse réelle, mais qui repart de haut
Un ralentissement de l'inflation ne signifie pas une baisse des prix : cela signifie que les prix augmentent moins vite qu'avant. Un produit qui a pris 20 % en deux ans ne redevient pas moins cher parce que la hausse annuelle repasse sous les 2 %. Les niveaux de prix restent ancrés au-dessus de ce qu'ils étaient avant la période de forte inflation.
L'effet loupe des achats fréquents
Les produits sur lesquels les ménages sont les plus attentifs aux prix — pain, produits laitiers, fruits et légumes — sont aussi ceux qui ont le plus augmenté ces dernières années, et ceux dont le prix reste le plus scruté à chaque passage en caisse. Un ordinateur ou un billet d'avion moins cher qu'avant ne compense pas, dans la perception, une baguette toujours plus chère qu'il y a trois ans.
Ce que disent les économistes
Plusieurs études en économie comportementale montrent que les ménages surpondèrent systématiquement l'évolution des prix des achats répétés par rapport aux achats occasionnels dans leur perception globale de l'inflation. Ce biais, documenté de longue date, explique une partie substantielle de l'écart entre indicateurs macroéconomiques et ressenti individuel.
Ce qu'il faut regarder pour la suite
Le vrai test sera la capacité des prix à réellement se stabiliser sur la durée, notamment sur les produits de consommation courante. Un ralentissement ponctuel de l'inflation ne suffit pas à restaurer la confiance : c'est la stabilité durable des prix du quotidien qui déterminera si la perception rejoint un jour la statistique.